Une Photographie, Une Histoire : "Au dessus de l'Ours Polaire"

Au dessus de l Ours Polaire
"L'ours polaire traverse entre deux morceaux de glace la banquise qui fond chaque été un peu plus. A l'heure des grands questionnements sur la banquise, l'ours, lui, voit son territoire de plus en plus maigre. L'image en témoigne, comme si l'ours essayait de retenir la banquise avec sa patte. Cette photo est la plus unique et emblématique de la série. Elle a largement été reconnue et a remporté le Grand Prix drone Photography 2017, elle a également été en finale du Wildlife Photographer of the Year 2018 ainsi que du Nature Photographer 2017 de National Geographic. Elle connait une succession de publications en couverture ou double page tel que dans le National Geographic Traveler." Florian Ledoux

Interview de Florian Ledoux



- ArtPhotoLimited : Racontez-nous dans quel contexte cette photo a-t-elle été prise.

    C’est l’été 2017, je suis en expédition dans le Groenland et le Nunavut. Nous arrivons au détroit de Lancaster, un paysage marin naturel internationalement reconnu comme l'une des zones écologiques les plus importantes au monde. C’est pour moi l’occasion de réaliser un rêve d’enfant : pouvoir, enfin, approcher des espèces animales emblématiques de l’Arctique. Pendant la première journée, nous apercevons sept ours polaires. Mais il est encore trop tôt pour que l’on fasse voler les drones. Alors je prends mon mal en patience et je les observe, j’étudie leurs comportements, les laisse s’approcher jusqu’à parfois six mètres de moi.

La veille de la prise de cette photographie, je photographiais les magnifiques narvals, ces créatures légendaires du fond du Fjord Trembley complètement libre de glace. L’instant d’après, nous trouvions une carcasse de narval échouée. Alors que nous nous en approchons, nous remarquons des traces fraiches d’ours polaire. Paniqués, nous scrutons la zone sans rien trouver. Pas d’ours à l’horizon ! Pendant la nuit, persuadés que l’ours reviendra pour finir de se nourrir, nous continuons à tourner autour de la zone. Mais le lendemain, nous devons quitter le fjord sans avoir vu d’ours car une grande plaque de glace dérivante arrive de l’ouest et menace de fermer le fjord. C’est là que j’aperçois enfin trois ours dessus. Il est temps pour moi d’immortaliser l’instant.

- Cette photographie a déjà le fait le tour du monde !

    Effectivement, elle a été publiée dans le National Geographic, Time US, Géo Magazine, Le Monde, le Telegraph ou Focus Magazine pour ne citer que les médias les plus prestigieux. Elle a également remportée de nombreux prix comme le Grand Prix Drone Photography 2017 et le Drone Photographer of the Year 2018. J’espère qu’elle continuera à remporter d’autres prix.

- Pourquoi avez-vous eu l'idée de cette photographie ?

   Mon envie derrière cette photographie et de manière générale, est de donner une nouvelle perspective à la faune que nous connaissons déjà bien par la photographie traditionnelle. Je souhaite que ces images contribuent à l’observation des comportements animaliers sous un nouvel angle pour révéler les animaux dans leur intégrité et leur habitat de manière plus large, et, nous permettre de mieux comprendre la « planète blanche ». J’envisage la photographie comme une manière de s’intéresser au monde qui nous entoure et d’en tirer des leçons qui pourront influencer nos choix de demain. Tout cela, fait partie de ma démarche « Observer, Témoigner, Protéger »

  - Venons-en à votre singularité : qu’avez-vous utilisé pour prendre cette photographie ? Et pour quelles raisons ?

   Cette photographie a été prise depuis un voilier à l’aide d’un drone. J’aime utiliser le drone car cela me permet de prendre suffisamment de hauteur mais pas autant que si j’étais dans un hélicoptère. Et, il est déjà suffisamment compliqué de voler en Arctique avec un drone, et, encore plus depuis un voilier. J’en ai crashé des drones dans ma carrière … De même, c’est bien plus discret et cela ne dérange pas les animaux dans leur habitat naturel. La prise de vue m’offre donc le nouveau point de vue que je cherchais.

  - Nous avons remarqué que vous aviez un certain penchant pour les pays nordiques, qu’est ce qui vous attire dans ces pays?

  -45°c à 11 ans, cela laisse des traces. Pour cela je dois remercier mes parents qui nous ont conduits en Laponie Finlandaise au mois de Février 2000. Je pense que cela a été le déclic. Depuis tout jeune, le goût de l’aventure m’a toujours poussé à la recherche de lieux où la nature est reine, pure et vierge, où les couleurs de la terre ne sont jamais les mêmes, où les hommes ont une histoire, où les rencontres forgent l’esprit... Pour moi, il n'y a pas de meilleurs sentiments que d'être proche de ces animaux majestueux et de partager un espace avec eux. Je me souviendrai toujours de ce moment où j'ai vu mon premier ours polaire, j'ai pleuré pendant les trois heures où nous sommes restés près de lui. Je l'ai découvert en train de nager et quand j'ai lâché mes jumelles pour l'annoncer à notre capitaine, je pleurais déjà.

  - Avez-vous d’autres projets en Arctique ?

Plein ! Je fourmille de projets et d’envies. Les principaux sont notamment un nouveau projet de reportage au Svalbard (Spitzberg) pour photographier ces fameux ours. Et, un qui me tiendrait particulièrement à coeur : travailler au plus près avec les scientifiques norvégiens pour que mon travail serve à la recherche. Pour ce nouveau projet j’affrèterais un voilier pour sillonner le nord de l’Archipel où se trouve une grande concentration d’ours. Ce reportage devrait donner le jour à un second livre de la série : Observer, Témoigner, Protéger.

   - Depuis quand exercez-vous le métier de photographe ?

  J’ai débuté la photo en voyage lorsque j’étais encore adolescent. Puis rapidement la passion a grandi. Après une carrière comme technicien sur hélicoptère de sauvetage en mer dans la Marine Nationale, je deviens reporter d’images pour la Marine. J’apprends alors rapidement les techniques de reportage. Après cette nouvelle carrière, n’étant plus en accord avec les valeurs de l’institution, je quitte la Marine et me lance en indépendant comme photographe dans l’Arctique, une région que je parcourais déjà pendant mes neuf années dans la Marine. Depuis 2014, j’exerce le métier (qui reste une passion avant tout) de photographe.

 

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