Une Photographie, Une Histoire : "Ceux qui restent" - ArtPhotoLimited.com

Une Photographie, Une Histoire : "Ceux qui restent"

"Restes d'un village fantôme en Californie" Etienne Perrone

Interview Etienne Perrone



ArtPhotoLimited : Où avez-vous pris cette photographie ?

Etienne Perrone : Cette photographie a été prise dans un village fantôme en Californie appelé Bodie. C'est un des derniers vestiges des villages nés de la ruée vers l'or. Après un gigantesque incendie en 1932, il ne reste aujourd'hui que quelques maisons d'une ville qui fût, au plus fort de son activité, la deuxième ville de Californie avec 10.000 habitants et 65 saloons : une vraie ville du Farwest avec ses crimes et sa violence. Le révérend Warrington en parlait ainsi : "Une mer de péché, battue par les tempêtes de la luxure et de la passion".

En tout cas l'ambiance y est aujourd'hui absolument magique et très étrange. Tout a été préservé. On peut presque entendre le piano du saloon résonner dans la rue principale. Ce bond dans le passé à quelque chose de presque mystique.


Racontez-nous dans quel contexte cette photo a-t-elle été prise ?

Un ami et moi remontions en voiture vers le nord pour trouver un passage vers l’ouest car une tempête de neige nous avait bloqué l’entrée du parc Yosemite. Nous avions entendu parler de Bodie mais le mauvais temps me poussait à renoncer à visiter (le village est quand même à 2500m d’altitude). Par chance, mon ami a insisté un peu et nous nous sommes enfoncés dans la longue route en terre qui mène là-bas. Il pleuvait abondamment et faisait très froid. Mais lorsque nous sommes enfin arrivés sur place, le soleil est soudainement sorti et s’est mêlé au gros nuages gris et lourd qui donnent cette atmosphère si particulière. Nous sommes resté deux heures sur place avec ce temps parfait pour les photos. À peine rentrés dans la voiture pour le départ, une pluie battante s’est remise à tomber. Un timing parfait.

Comment se fait-il que ces objets soient encore présents dans la ville fantôme ?

Bodie est un « state historical parc ». Ce qui veut donc dire qu’il est protégé et surveillé. Des patrouilles passent régulièrement. Il faut dire que les américains sont très respectueux et fiers de leurs parcs. D’autres villes fantômes protégées sont beaucoup plus mises en scène. Ici, l’Etat a décidé de ne rien toucher, une sage décision !

Pour quelle raison êtes-vous allé dans ce pays ? Combien de temps êtes-vous resté ?

Comme beaucoup, j’ai toujours été fasciné par les Etats-Unis. Je rêvais depuis très longtemps (et j’en rêve encore) de faire une grande boucle Est - Ouest - Est. Et pourtant, en 2016, après avoir visité plus d’une vingtaine de pays, je n’étais toujours pas allé là-bas. Cela ne pouvait plus durer… J’ai donc proposé à mon ami de toujours un petit road-trip photo de 20 jours dans l’Ouest américain. Nous avons parcouru 4000 km en 14 jours et avons pas mal exploré Los Angeles le reste du temps. Je n’ai vraiment pas été déçu puisque j’y suis retourné cette année en 2017 pour encore une vingtaine de jours. Et je pense y retourner en février 2018. Une fois qu’on y a gouté, on ne peut plus s’en passer.

Beaucoup de vos photographies ont été prises aux USA, pensez-vous que ce pays possède une richesse photographique plus importante que d'autres ?

Ce pays est incroyablement immense. Les ambiances, les cultures, les populations et les paysages changent parfois radicalement d’une zone à l’autre. Il porte bien son nom car il peut sembler comme plusieurs pays fusionnés. Cela donne une richesse et une diversité quasiment infinies pour la photo. Tous les sujets, styles, angles sont imaginables.

Si vous rajoutez à cela les deux pays frontaliers, le Mexique et le Canada, alors vous pourriez passer une vie entière à prendre des photos sans avoir exploré la moitié du territoire. Cela dit, beaucoup de pays dans le monde possèdent cette richesse. La particularité des Etats-Unis, c’est la facilité avec laquelle vous pouvez circuler et rencontrer les gens. L’unité de langue, l’absence de frontière, la gentillesse des américains et la qualité des infrastructures font de l’exploration de ce pays un jeu d’enfant.


Dernière question plus personnelle : Depuis quand exercez-vous le métier de photographe ?

Je fais de la photo depuis 1997, date de mon entrée à l’ARFIS, une école de cinéma à Lyon. D’abord en argentique grâce au laboratoire de l’école, et puis très rapidement en numérique. Bien que très limité à cette époque (j’ai commencé avec un 2 mégapixels, bien loin des 42 d’aujourd’hui) j’ai été complètement conquis par la liberté qu’offrait cette nouvelle technologie. Mais après toutes ces années, ma pratique de la photo est restée irrégulière et secondaire derrière mon activité de réalisateur et de monteur. Jusqu’à l’année dernière où j’ai eu une sorte de révélation, une épiphanie professionnelle : Je suis un amoureux de l’image avant d’être un amoureux de l’histoire. Et plus encore qu’écrire des scénarios, j’aime écrire des images, des ambiances, des univers. Pour cette raison, je suis passé d’un « réalisateur qui prend parfois des photos » à un « photographe qui réalise parfois des films ».Une décision libératrice et extrêmement enthousiasmante. Les projets se multiplient, les champs s’élargissent, et surtout, je suis beaucoup plus dans l’action. Aujourd’hui je travaille sur des projets photographiques qui ressemblent beaucoup à du cinéma. Je pense que toutes ces années passées à écrire des scénarios m’ont évidemment beaucoup influencé. J’intègre donc aujourd’hui tout ce parcours et cette expérience dans le cinéma pour mes créations photos futures.


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