Une Photographie, Une Histoire : "Femmes africaines marchant sur l'eau"

Femmes africaines marchant sur eau
"Femmes africaines marchant sur l'eau, désert du Sahel en 1997." Emmanuel Lhoste

Interview d’Emmanuel Lhoste



ArtPhotoLimited : Cette photographie date de 1997 et a été prise dans le désert du Sahel au Burkina Faso, en Afrique.

   La photo a été prise en 1997. A cette époque, j’étais élève ingénieur et je suis parti faire mon stage en Afrique. Là-bas, je construisais des écoles au Ghana et découvrais l’Afrique de l’Ouest. À cette époque le Burkina Faso était plutôt stable politiquement. On parlait par exemple de la « Côte d’Ivoire » comme du miracle africain. Les choses ont changé quelques mois après mon départ avec des coups d’État.

- Ces femmes vous sont apparues comme un mirage.

   J’étais au terminus du bus et j’attendais un hypothétique camion de marchandises pour continuer mon trajet. En Afrique, les transports sont mal desservis. Pour aller plus loin que le village où je me trouvais, je devais me rendre au barrage de police, où tous les véhicules étaient contrôlés, puis négocier avec des camionneurs pour être transporté. En attendant, j’avais tout le loisir d’observer les allées et venues des gens. C’est là que ces femmes me sont apparues : ces trois silhouettes se détachaient de l’horizon d’une marche féline. Nous étions en plein mois de septembre, en pleine saison des pluies. Dans le Sahel, le niveau de précipitation est identique à celui de la France, mais les précipitations sont étalées sur des périodes de 2 à 3 mois provoquant des inondations et beaucoup de dégâts. Les silhouettes se reflétaient donc dans une immense flaque d’eau en plein désert. J’avais en ma possession un appareil reflex argentique robuste et léger. J’avais repéré la flaque d’eau et j’avais préalablement réglé l’exposition de mon appareil. Je suivais ces femmes dans le viseur et je restais concentré pour garder une mise au point nette, puis j’ai déclenché. J’ai voulu prendre un deuxième cliché, mais le temps de rembobiner l’appareil, c’était trop tard. Heureusement j’ai réussi à prendre un premier cliché parfait.

- Vous vous définissez comme un illustrateur.

   Je me considère comme un illustrateur qui utilise la technique photographique pour justement « illustrer ». Mes projets personnels sont ainsi illustratifs ou documentaires. Je suis très loin des démarches de l’art contemporain. A l’époque où j’ai pris cette photographie, j’avais pour objectif de fixer mon émerveillement sur pellicule. Je suis d’ailleurs très heureux d’avoir encore aujourd’hui ces diapositives en ma possession et de pouvoir les partager.

- Les reflets donnent un côté magique à cette image. Est-ce naturel ?

   Le reflet et les couleurs existent et ont été captés sur la pellicule. Cependant la pellicule n’est pas aussi perfectionnée que l’oeil humain. Dans mon travail de postproduction, je cherche à obtenir les mêmes couleurs et les mêmes effets que ceux que j’ai vus dans l’objectif. Bien sûr c’est subjectif, car le cerveau interprète aussi. Voilà pour le principe. Donc pour vous répondre plus précisément, oui c’est naturel. Pour le reflet par exemple pour le rendre plus réel j’ai travaillé les couleurs pour me rapprocher des couleurs des réels personnages et j’ai aussi utilisé un plug in DXO remarquable et plein d’autres trucs. C’est la cuisine de postproduction!

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