Une Photographie, Une Histoire : "Serge Gainsbourg 1"

Serge Gainsbourg 1
"1990, gainsbourg vit en solitaire dans son hôtel particulier rue de Verneuil à Paris. Seul un majordome vient s'occuper de lui dans la journée et lui rapporte ses médicaments. Il sort de l'hôpital après une crise cardiaque, il n'a plus le droit de fumer ! un des rares portraits ou il ne fume pas ! Interview et photo pour la couverture du magazine "7àParis". Sa maison, toute tapissée de noir est remplie d'objets, sur les meubles, accrochés aux murs, photos, bibelots, disque d'ors, c'était un maniaque fétichiste : Il y avait parmi une multitude d'autres, posée sur une table dans un petit cadre ,une photo de Bambou ( sa dernière compagne ) je l'ai prise pour l'examiner de près puis je l'ai reposée, il est alors venu la remettre exactement comme elle était auparavant, à quelques cm près , sans rien dire ! Qui l'eut cru ? Je lui ai demandé de poser naturel, sans frimer ( on se connaissait, c'était notre 3ème rencontre ) j'aime son regard sur cette image : un visage de vieil enfant perdu, peut-être sent-il la fin approcher ?" Jean Ber

Interview Jean Ber



ArtPhotoLimited : Votre photo de Serge Gainsbourg est assez unique en son genre quand on connait le personnage. Racontez-nous l’histoire de cette photo et le contexte dans lequel elle a été prise.

Jean Ber : C’était en 1990, Gainsbourg vit en solitaire dans son hôtel particulier rue de Verneuil à Paris. Seul un majordome vient s'occuper de lui dans la journée et lui rapporte ses médicaments. Il sort de l'hôpital après une crise cardiaque, il n'a plus le droit de fumer ! C’est un des rares portraits où il ne fume pas ! Cette photo a été réalisée pour la couverture du magazine "7àParis". Sa maison, toute tapissée de noir est remplie d'objets, sur les meubles, accrochés aux murs, photos, bibelots, disques d'or, c'était un maniaque fétichiste : posée sur une table dans un petit cadre il y avait une photo de Bambou (sa dernière compagne). Je l'ai prise pour l'examiner de près puis je l'ai reposée, il est alors venu la remettre exactement comme elle était auparavant, à quelques cm près, sans rien dire ! Qui l'eût cru ? Je lui ai demandé de poser naturel, sans frimer (on se connaissait, c'était notre 3ème rencontre) j'aime son regard sur cette image : un visage de vieil enfant perdu, peut-être sent il la fin approcher.

Comment avez-vous connu Serge Gainsbourg ?

À l’époque, comme la plupart des jeunes suivant l’exemple des Beatles entre autres, je suis attiré par l’Orient. À la fin des années 1968, je pars faire un tour du monde en voiture, j’étais toujours avec mon appareil photo dans les mains direction le Népal. C’est au nord de l’Inde que j’ai rencontré Serge Gainsbourg pour la première fois. Alors qu’il tournait avec le réalisateur André Cayatte “les chemins de Katmandou” il était dans la piscine de l’hôtel et il a mis sa tête dans l’eau pour ne pas être photographié. En 1985, je l’ai rencontré de nouveau lors du tournage du clip de la chanson Lemon Inceste, il y avait aussi sa fille Charlotte Gainsbourg, la série de photos est d’ailleurs disponible sur votre site ! En 1990, je travaillais pour l’hebdomadaire « 7 à Paris » en tant que portraitiste. Gainsbourg était devenu un personnage emblématique et extrêmement médiatique et j’ai eu de la chance de le photographier. Cette image-ci n’a pas fait la couverture du magazine mais elle a été utilisée sur une pochette de disque et surtout dans le livre « Gainsbourg etcetera… » de Gilles Verlan qui est selon moi, sa meilleure biographie.

Vous avez pris beaucoup de photos de personnalités durant votre carrière de photographe, faut-il toujours aimer le travail de l’artiste pour prendre une bonne photo de ce dernier ?

Pas forcément. Quand on est photographe on peut adopter la position « je photographie uniquement les personnes que j’aime » mais lorsqu’on travaille pour la presse magazine, il est difficile d’avoir cette exigence. Godard disait « il n’y a pas d’images justes, il y a juste des images ». Le portraitiste est une sorte de voleur d’âme, il peut photographier des personnes qu’il n’aime pas car son travail consiste souvent à révéler la part d’ombre que le sujet veut cacher.

Est-ce que les artistes que vous prenez en photos ont leur mot à dire sur le choix de la photo comme lorsqu’ils demandent à relire l’article avant publication ?

Ça dépend. Adjani par exemple a une très mauvaise réputation car à l’époque de la photo argentique, elle saisissait une paire de ciseaux et découpait le cliché si elle ne l’aimait pas. Après de façon générale, le photographe a carte blanche s’il est validé par la direction artistique et son rédacteur en chef. Il peut toutefois y avoir de temps en temps des négociations avec les agents des artistes, mais le magazine “7 à paris” était connu pour sa liberté et son indépendance, bien qu’il y ait toujours un minimum d’autocensure concernant la liberté du photographe, je n’ai jamais eu de soucis avec Serge Gainsbourg car je l’admirais et il ne craignait rien concernant son image.

Combien faut-il de prises avant d’avoir le bon portrait ?

C’est très variable. Pour certaines personnes, il se fait en 5 minutes, pour d’autres quelques heures, si on a la chance de faire venir les acteurs dans un studio photo, avec lumières, décors et assistants. Plusieurs de mes portraits ont été pris sur des plateaux de tournage de films ce qui permet d’avoir plus de temps avec les acteurs, mais dans tous les cas il faut essayer de travailler le plus vite possible, pour ne pas lasser les modèles.

Quel appareil utilisez-vous aujourd’hui ?

Quand vous interviewez un écrivain, vous ne lui demandez pas s’il écrit avec un crayon à papier, un Bic, un Mont Blanc ou un ordinateur n’est-ce pas ? C’est pareil pour les photographes, l’appareil est quant à lui juste un outil au service de notre créativité, d’ailleurs une image doit plus donner à réfléchir qu’à voir. On a beaucoup de chance car tous les artistes que l’on prend en photo ont une forte personnalité et forcément quelque chose d’intéressant, dans le regard, l’attitude, ce qui nous permet de capter et de transmettre le message que l’on souhaite faire passer.

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