Une Photographie, Une Histoire : "regard"

regard
"Bangladesh, DaccaPortrait d'une ouvrière dans une usine de textile" Jeff Guiot
Interview Jeff Guiot

ArtPhotoLimited: Votre photo s’appelle « Regard », vous l’avez prise dans une usine de textile au Bangladesh. Premièrement, qu’est-ce qui vous a motivé à partir dans ce pays ?

Jeff Guiot: En réalité, je travaille sur un projet qui s’appelle « Sacrifice », qui est un projet d’exposition numérique ou papier je ne sais pas encore, dont le but est de témoigner contre l’esclavage moderne. J’ai écrit un premier livre sur l’épanouissement au travail et j’ai effectué de nombreuses recherches sur ce sujet. À travers ces recherches, plusieurs pays sont ressortis comme le Bangladesh, l’Inde, la Mauritanie et c’est dans ce cadre-là que je suis parti au Bangladesh.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans cette usine de textile ?

C’est avant tout une succession de rencontres qui m’y ont amené, mais toujours dans le cadre du projet « sacrifice ».

Combien d’ouvriers y travaillaient environ ?

350 à peu près, et encore c’est une entreprise de taille intermédiaire pour vous dire ! La majorité des usines sont petites avec une cinquantaine d’ouvriers. Celle-ci est donc de taille moyenne sachant qu’elle employait 500 personnes avant, mais malheureusement il n’y avait pas de contrats pour tout le monde. Après il y a des grosses usines avec plusieurs milliers de personnes, parfois six ou sept mille personnes. Il faut savoir que la plupart dorment sur place.

La fille dont vous avez pris le portrait est une ouvrière qui travaille dans cette usine, comment s’est passé cette rencontre ?

Alors il faut déjà savoir que là-bas, photographier des femmes est très compliqué. Généralement, les seuls qui y sont autorisés sont les membres de la famille. Quand je suis arrivé dans l’usine, il y a eu un mélange de curiosité et de méfiance car j’étais un étranger. J’ai donc profité du repas de midi pour shooter. Généralement elles travaillent pendant leur repas. J’ai d’abord fait beaucoup de photos pour rien, pour les habituer à ma présence et elles étaient curieuses. Cette personne qui regarde mon appareil m’a intéressé photographiquement parlant. Je lui ai montré mes photos, nous discutions en langage des signes car nous ne parlions pas la même langue. J’avais mon ordinateur et je lui ai montré ce que ça donnait en noir et blanc. Elle fût d’abord étonnée de se voir de cette façon-là, puis a apprécié, ce qui a installé un climat de confiance entre nous.

Cette photo s’est prise sur l’instant, en un seul shoot ou bien au bout de nombreux shoots ?

C’est très compliqué de faire une photo et d’avoir la bonne en un seul shoot quand ce n’est pas organisé. Ici, étant donné la spontanéité de la situation, j’ai dû prendre entre 50 et 100 photos différentes.

Comment se fait-il que son visage soit illuminé comme ça ?

C’est dû au traitement en noir et blanc, car je retouche mes photos mais dans la limite de ce que je pourrais faire avec un agrandisseur, que l’on utilisait à l’époque de l’argentique.

Quel appareil utilisez-vous aujourd’hui ?

Le D750 de chez Nikon

Dernière question qui vous concerne plus personnellement, depuis quand avez-vous su que photographe était votre métier de prédilection ?

Depuis l’âge de 16 ans ! À la base, je voulais être pilote mais quand j’ai eu 16 ans, j’ai compris que je ne le serais jamais ! Ma passion pour la photo a commencé par des photos d’avions. Je prenais en photo des avions de profil, de face… Je les ai montrées à mon oncle et j’ai observé sa réaction. J’ai compris qu’il fallait que je donne un réel intérêt à mes photos. J’ai donc travaillé dur, je suis allé à l’université où j’ai appris le noir et blanc, la prise de vue, le tirage… C’est resté et je me suis ouvert photographiquement, j’ai fait des portraits, en studio, du nu… Je me suis personnellement donné jusqu’à 35 ans pour en vivre. J’ai réussi à intégrer le service photo du ministère de l’intérieur de 2002 à 2009 pour finalement devenir photographe à mon compte. Aujourd’hui je suis aussi web master en plus car vivre de la photo est devenu compliqué.

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