Une Photographie, Une Histoire : "Les couloirs du Palais Bamboo 2"

Les couloirs du Palais Bamboo 2
"Série Les Palais de Mobutu 24 novembre 2010" Gwenn Dubourthoumieu

Interview Gwenn Dubourthoumieu


ArtPhotoLimited : Dans quelle ville avez-vous pris cette photographie ?

Gwenn Dubourthoumieu : La photo a été réalisée à Gbadolite, à l’extrême nord-ouest de la République démocratique du Congo, le village natal de l’ancien dictateur Mobutu, qui y avait fait construire 3 palais

Pour quelle raison vous intéressez-vous particulièrement à la République Démocratique du Congo ?

J’ai vécu presque 5 ans en RDC. En 2007, j’y suis allé dans le cadre d’une ONG spécialisée dans le déminage humanitaire. Je n’étais pas photographe à l’époque : je travaillais pour cette ONG (MAG - Mines Advisory Group) comme coordinateur pour la province de l’Équateur, province où se situe Gbadolite. J’y suis resté 8 mois. Puis, j’ai effectué une seconde mission de 20 mois, en 2008-2010, toujours pour MAG, mais à l’est du pays. En avril 2010, j’ai démissionné de mon poste pour devenir photographe freelance. Je suis resté en RDC jusqu’en 2012. Avec le temps, j’y ai établi de nombreux contacts (amicaux et professionnels), et j’y retourne presque chaque année depuis.

Il s’agit d’un des anciens palais du président Mobutu. Qu’est-ce qui vous a conduit à visiter ces palais ?

En 2007 donc, j’étais coordinateur de l’ONG MAG en Équateur, au nord-ouest de la RDC. Je vivais à Mbandaka, la capitale de la province. L’un de mes collègues s’est rendu à Gbadolite pour déminer l’usine de Coca-Cola qui s’y trouvait. Il m’a montré des photos des palais de Mobutu. Après ça, je n’ai cessé de vouloir y aller moi-même pour les photographier, ce que j’ai finalement pu faire fin 2010.

Pouvez-vous nous expliquer un peu plus le contexte dans lequel a été prise cette photo ?

Je me suis rendu à Gbadolite fin 2010. Pour pouvoir financer le voyage (même depuis Kinshasa, il faut prendre un avion, et comme il n’y a qu’un vol par semaine, il faut y rester au minimum une semaine), j’ai vendu l’idée d’un reportage sur les vestiges et la nostalgie du maréchal Mobutu à l’Agence France Presse, qui m’a donc missionné à Gbadolite. Cette photo a été prise dans le palais « officiel » (les 2 autres palais à Gbadolite étaient des résidences privées de Mobutu), qui était (et est toujours) squatté par des militaires. Au Congo, il est très difficile de faire des photos dans des lieux militarisés. Mais grâce à mon collègue, celui qui avait déminé l’usine de Coca-Cola, j’avais le contact du Colonel responsable de la zone militaire. Je savais qu’il aimait le Scrabble, alors je lui ai amené une boîte de Scrabble pour qu’il accepte de me voir photographier le palais.

Il s’agit d’une photographie d’architecture mais vous avez tenu à ce qu’il y est deux personnes en arrière-plan, pourquoi ?

J’ai fait une première série de photos d’architecture sans personnage. Quand je les ai envoyées au responsable photo de l’AFP, Roberto Schmidt, ce dernier s’est plaint qu’il n’y avait personne sur les images. Du coup, j’ai dû négocier pour effectuer une nouvelle série de clichés le lendemain. Et c’est finalement cette série (avec les personnages) que j’ai conservée.

Les avez-vous rencontrés personnellement ?

Les personnes photographiées vivent dans le palais. Ce sont des familles de militaires squattant le palais.

Dernière question plus personnelle : depuis quand exercez-vous le métier de photographe ?

Depuis avril 2010.

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