Une Photographie, Une Histoire : "Les porteurs de soufre du Kawah Ijen "

Les porteurs de soufre du Kawah Ijen
"A l'est de Java, le Kawah Ijen se place parmi les plus beaux volcans d'Indonésie. Chaque jour, les porteurs s'y relaient pour extraire et remonter 80kg de soufre en moyenne. Le jaune du soufre et de ses émanations, le turquoise de son lac acide sont le lieu de travail quotidien des porteurs de soufre." Julien Gerard

Interview Julien GERARD



Racontez-nous dans quel contexte cette photo a-t-elle été prise ?

J’ai découvert le Kawah Ijen en 2011. Le volcan se trouve à l’est de l’Île de Java au milieu des plantations de café. Les volcans sont nombreux dans cette région. Outre les paysages grandioses j’ai tout de suite été attiré par l’atmosphère qui y règne. Les sols lunaires, les vapeurs de soufre et surtout les porteurs qui font un travail épuisant et dangereux : tout donne l’impression d’être à l’intérieur d’un documentaire. Attaché à cet endroit et aux porteurs de soufre, j’ai décidé d’en faire un reportage au long cours et je m’y rends chaque année pour reprendre des photographies.

S’agissant de cette photographie en particulier, c’était la 4ème fois que je me rendais sur place. La météo était particulièrement difficile. Le Kawah Ijen est un volcan actif qui crache à longueur de journée des vapeurs de soufre. Lorsqu’il y a du vent, il s’engouffre dans le cratère et devient imprévisible. J’ai pris cette photo alors que le « nuage » de soufre allait envelopper le porteur, quelques secondes après, j’étais moi-même pris dans les fumées toxiques. Ce n’était pas la première fois, mais cette fois-ci, cela a duré très longtemps et j’ai eu du mal retenir ma respiration. Je me refuse d’utiliser un masque, les porteurs n’en ayant pas. Cela serait un manque de respect mais aussi un obstacle à la communication avec eux.


Avez-vous pu rencontrer ces porteurs ?

J’ai discuté avec de nombreux porteurs. Malgré leur dur travail, ils restent très disponibles et très aimables. J’ai sympathisé avec l’un d’entre eux et chaque année je le prends en photo avec l'image imprimée de l’année précédente, nous en sommes à 3 !

Souhaitez-vous passer des messages concernant la condition humaine au travers de vos photographies ?

Je suis attaché aux gens. J’aimerais ouvrir les yeux des occidentaux sur la condition humaine dans le monde mais je n’ai pas cette prétention. Je me contente de ramener des images, témoigner et surtout partager avec les gens photographiés. J’espère que les personnes qui voient mes photos ou celles de mes confrères ouvrent les yeux sur notre mode de vie qui implique forcément l’exploitation de peuples lointains, cachés...

Dernière question plus personnelle : Depuis quand exercez-vous le métier de photographe ?

Je suis photographe professionnel depuis 2008 mais je fais des photos depuis mes 12 ans en 1992 ! Professionnellement, mes clients sont des institutions ou des industries pour la réalisation d’images que je montre peu. La photo dont on parle dans cette interview est issue d’un projet personnel nommé « Le sel de la vie ». Je n’ai pas encore défini précisément le but final de ce projet (livre, expo…).

Acheter cette photographie