Une Photographie, Une Histoire : "Mirage"

"Dans le désert lybique en Egypte, les paysages se succèdent comme autant de mirages oniriques et inattendus. " Nadine Jestin

Interview Nadine Jestin



ArtPhotoLimited : Cette photographie a été prise dans le désert Egyptien, pour quelle raison êtes-vous allée dans ce pays ? Combien de temps êtes-vous restée ?

Nadine Jestin : Comme souvent pour mes destinations de voyages, il s'agit d'une opportunité : une amie me propose une escapade et j'y vais. J'ai beaucoup voyagé, et pourtant à ce jour de nombreuses destinations dont je rêve restent encore en projet. Mais j'aime me laisser porter par le hasard d'une destination que je n'attends pas. C'est ainsi que je me suis envolée en mai 2012 pour l'Egypte. Accompagnée de 4 amis, nous partions faire un trek en bivouac dans le désert blanc. A ce moment-là, j'ignorais encore que je reviendrai seule 3 fois dans ce pays la même année. Coup de cœur oblige.

- Racontez-nous dans quel contexte cette photo a-t-elle été prise ?

- Nous marchions environ 6 heures par jour. La marche invite à la lenteur et à la contemplation. Bien évidemment mon appareil faisait partie de la marche. Le désert blanc est absolument sublime, un des lieux les plus beaux que mes yeux ont eu l'occasion de voir. A pied, les paysages évoluent lentement au fil des kilomètres et des heures. Ainsi les sables noirs succèdent aux couleurs ocres, les formes de calcaires plates précèdent celles majestueuses et oniriques. Samuka est cette ombre fantomatique blanche au milieu du désert. Il était notre guide pendant ce périple. Bédouin, il parle quelques mots d'anglais. Il vit du tourisme et à ce moment-là, après la révolution de la place Tahrir, les temps commençaient déjà à être difficiles, les touristes préférant des destinations plus stables.

- Avez-vous pu discuter personnellement avec la personne présente sur la photographie ?

- Oui nous échangions autant que possible et autant que nos carences respectives dans la langue de l'autre nous le permettait. Nous avons passé une semaine ensemble. Nous avons partagé nos repas, nos émotions, nos sourires, no silences. Lorsque je suis revenue les mois suivants, j'ai revu Samuka. De ce côté on ne le sait pas, mais il porte un large sourire.

- Qu'est-ce qui vous a plu dans cette scène ?

- Je suis touchée par la quiétude de cette scène. J'aime les tons doux qui font écho au calme environnant. Les matières aussi me plaisent, celle de la Djellaba, et celles des matières minérales de ce désert. Il faut s'attarder sur la silhouette pour deviner ensuite ce sac de plastique blanc tenu dans la main gauche. Cette scène convoque toute l'immensité du désert. 

- Le traitement de l'image est-il entièrement réalisé en post-prod ou le travail doit être réalisé en amont via l'appareil ? 

- Je n'ai pas de règle absolue. Je n'ai aucun complexe à post-traiter mes images dans la mesure où ce qui compte pour moi, c’est l'image finale, celle que je vais présenter à voir. Je recadre, j'apporte des réglages de colorimétrie, d'exposition etc. Le post-traitement a toujours existé, y compris à la période de l'argentique. A mes yeux, le moment de post-production est celui où je fais connaissance avec ma photographie, j'y pose ma signature par la dernière couche pour arriver à un résultat qui me fait vibrer. Pour cette photo, il me semble avoir à peine recadré, mais surtout les couleurs sont celles de la scène que mes yeux ont vue et quasiment exactement celles que mon appareil a photographiées. 

- Dernière question qui vous concerne plus personnellement, depuis quand avez-vous su que photographe était votre métier de prédilection ?

- Ce fut un long chemin ! Qui a prit je pense plus de 10 ans de maturation et de réflexion. La photographie a toujours été présente dans ma vie. J'aimais ça. Et puis à partir de 2006, j'ai commencé à voyager régulièrement, les occasions de photographier se sont multipliées. Je me souviens d'un jour à Madagascar, alors que j'étais en voiture et que je regardais au travers de la vitre, j'ai eu l'impression de voir une succession de photos. Je voyais le monde en photographie, je me suis dit qu'il se passait quelque chose… Longtemps, j'ai fantasmé le métier de photographe, il restait quelque chose d'inaccessible. Puis en 2010, j'ai fait un bilan de compétence. L'évidence est apparue, la reconversion a pris son temps : 5 ans. Un CAP en 2011, un statut d'autoentrepreneur en 2012 en parallèle d'un CDI dans le tourisme. Puis, quelques années de doutes. En 2015, Charly Hebdo. Une claque suivie d'une envie de vivre, de provoquer le destin dans le bon sens, de ne plus attendre un fameux déclic. Je prends la décision quelques mois plus tard, celle de devenir photographe. Début 2016, j'ai quitté mon emploi de responsable commerciale pour être photographe à 100%. Une nouvelle aventure a commencé ! 

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